November 22, 2022
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4 minutes

Quel télétravail en 2031 ? Le Portugal, eldorado du distanciel (contrairement à la Grande-Bretagne)

Chaque semaine, Offishall lit la presse et épluche les articles liés au travail hybride. Voici notre sélection des trois contenus immanquables ces sept derniers jours.

Quel télétravail en 2031 ? Le Portugal, eldorado du distanciel (contrairement à la Grande-Bretagne)

Chaque semaine, Offishall lit la presse et épluche les articles liés au travail hybride. Voici notre sélection des trois contenus immanquables ces sept derniers jours.

Comment (télé)travaillera-t-on en 2031 ?

Cet article d'Usbek et Rica explore avec humour et sérieux le futur du travail en 2031 selon trois scenarii différents. Le premier décrit un monde dans lequel "le télétravail généralisé entraîné par la pandémie n’est plus qu’un lointain souvenir." Ce récit futuriste dépeint les innovations et installations initiées par les entreprises pour rendre les bureaux plus attractifs au cours des années 2020. "Certaines, en souvenir du bon vieux temps, les ont réaménagés pour s’inspirer du domicile, avec grands bars en pierre, cuisines, fauteuils club et même cheminées. Bureaux à hauteur variable ou à tapis mécaniques, permettant de faire son jogging tout en traitant ses mails, font également florès." Cela s'accompagne d'un management de contrôle et d'"une structure hiérarchique qui laisse peu de liberté aux salariés" avec de grosses boîtes qui "restent peu agiles, peinent à innover et se font damer le pion par des startups qui, elles, ont revu leur organisation après la crise et laissent une plus grande marge d’autonomie à chacun."

Autre possibilité - beaucoup plus optimiste - explorée par la revue  : un mode de travail hybride et flexible alternant entre télétravail et bureau. Un modèle qui permet à certaines structures d'adopter la semaine de quatre jours "constatant un impact positif sur la productivité, la créativité et la réduction du stress" des collaborateurs. La révolution du travail touche aussi évidemment l'immobilier et l'urbanisme. Finis les bureaux "gigantesques centralisés dans la capitale", place aux locaux plus restreints répartis dans les villes moyennes, "entraînant une redynamisation de ces dernières et permettant à chacun de choisir le cadre de vie qui lui correspond le mieux tout en limitant ses déplacements, et donc son impact écologique". Un récit qu'on espère prémonitoire.

Moins rose, le dernier scénario s'intitule "une opportunité gâchée". Nous sommes donc en 2031, les entreprises ont adopté le distanciel mais avec l'objectif de "reproduire en ligne le bureau physique" via diverses inventions. Ces sociétés "reproduisent l’expérience du bureau sous forme de jeu vidéo immersif et ultra-réaliste." Les managers recourent à différents outils de surveillance pour contrôler les salariés. "Des algorithmes d’intelligence artificielle récoltent d’immenses quantités de données sur l’activité du clavier et de la souris. [...] Face à cela, "des syndicats demandent une coupure numérique avec interdiction de contacter les employés en dehors de certains horaires, d’autres demandent un audit des logiciels de management à distance qui permettrait de s’assurer qu’ils respectent les travailleurs et n’envahissent pas leur vie privée."
Nous y sommes. ⬇️

Télétravail : un syndicat britannique alerte sur le recours grandissant aux outils de surveillance des salariés

Le dernier scénario évoqué ci-dessus n'est donc pas sans rappeler l'actualité sociale en Grande-Bretagne, notamment relatée dans la presse locale (spécialisée ou non) : la généralisation du télétravail a renforcé la surveillance des collaborateurs par leurs supérieurs. On apprend donc grâce à un sondage mené en octobre sur 2 500 travailleurs britanniques et commandé par le syndicat Prospect, qu'un actif sur trois est surveillé par son employeur y compris à son domicile. Pire, 13% des répondants sont surveillés par une caméra, un chiffre qui a plus que doublé depuis le mois d'avril.
La BBC a choisi d'illustrer le sujet via le témoignage de Chris, un ingénieur 31 ans. Il relate son expérience du premier confinement, pendant lequel avec ses collègues, il a constaté avoir été surveillé par son supérieur. "C'était effrayant. L'un des managers traquait les ordinateurs personnels pour surveiller ce que nous faisions depuis chez nous - et ce en permanence, pas seulement durant nos horaires de boulot. Il pouvait voir ce que nous regardions sur YouTube par exemple."

En terme de contrôle des salariés, les différents outils technologiques ouvrent un large champ aux employeurs selon la BBC qui dresse le florilège des options qui s'offrent aux entreprises :  caméras pouvant filmer les collaborateurs à leur bureau, capteurs de mouvement enregistrant à distance les tapotements du clavier et mouvements de souris... Le journal nous apprend aussi que les patrons peuvent réaliser des captures d'écran des ordinateurs des employés.
Le syndicat Prospect - qui compte 150 000 membres - s'alarme donc de la surveillance accrue des collaborateurs britanniques exerçant à distance. "Nous sommes habitués à l'idée que les employeurs contrôlent les travailleurs, mais lorsque les gens travaillent chez eux, cela prend une toute nouvelle dimension" affirme Mike Clancy, secrétaire général du syndicat. L'organisation appelle à une réglementation plus stricte de l'utilisation des outils de surveillance par les employeurs et demande au gouvernement qu'il rende illégale l'utilisation de webcams en vue de surveiller les télé-travailleurs (hors réunions ou appels professionnels).

Le Portugal renforce son arsenal législatif en matière de travail à distance (et ça profite aux salariés)

Paru sur le site d'euronews, le troisième article ayant retenu notre attention concerne le Portugal. Le pays a - de nouveau - opéré plusieurs changements législatifs visant à encadrer le travail à distance en protégeant les salariés. Les employeurs pourraient désormais être passibles d'amendes s'ils contactent les collaborateurs en dehors des heures de bureau. Objectif, garantir l'équilibre vie privée - vie professionnelle des employés, et ce bien qu'une proposition de loi visant à inclure le droit à la déconnexion ait par ailleurs été rejetée par les députés.
Cette modification législative ne s'applique qu'aux structures de plus de dix salariés.

Autre nouveauté dans la loi portugaise, elle offre un assouplissement en matière d'organisation du travail pour les parents de jeunes enfants (de moins de huit ans). Ces derniers ont désormais le droit de travailler à domicile sans nécessairement prévenir à l'avance leur employeur. Les parlementaires ont également souhaité lutter contre l'isolement des employés à distance; les entreprises doivent désormais organiser des réunions en face à face au moins tous les deux mois.

Précurseur dans l'encadrement du télétravail, le Portugal (qui avait modifié sa loi en janvier dernier) continue de légiférer au niveau national. Ceci constitue un immense progrès sur le plan social. En France, pour rappel les modalités d'applications du télétravail relèvent de la responsabilité de chaque entreprise et sont fixées par une charte unilatérale de l'employeur ou des accords entre patrons et salariés. En engageant ces évolutions législatives en faveur des salariés, Lisbonne vise à attirer les digital-nomads du monde entier (et notamment les californiens auprès de qui le pays a la cote.) Reste à savoir dans quelle mesure un travailleur étranger basé au Portugal et oeuvrant pour une entreprise tierce peut être soumis au droit du travail du lieu où il réside.

Edmée Citroën

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